Curriculum Vitae (manuscrit autobiographique) de Charlotte Sibi

Curriculum Vitae
(par étapes de 7 ans)

1) De la naissance 26 décembre 1901, sept années de petite enfance sans aucune notion religieuse – ma mère étant protestante et mon Père catholique non pratiquant.
Mon parrain Carlo Scolari – voilà pourquoi je m’appelle Charlotte. Sa fille Inès – compagne de jeux et de péchés. Je ne savais même pas faire le signe de la croix. A 5 ans reçu de M. de Prat Les malheurs de Sophie en belle édition reliée – ai appris à lire (lettre par lettre, syllabe après syllabe) sur ce beau livre que je connaissais par cœur dans ses premières pages. (p. 1)
2) (de 7 à 14 ans)
Premières études à l’école d’application. Mme Mitru Nathalie comme institutrice – Yvonette Prassa ma rivale – ai appris à crocheter. Je lisais avec passion.
A 8 ans, mal mystérieux du genou droit qui m’a tenu immobilisée 8 mois – la jambe dans une espèce de gouttière de métal. Docteurs Juvara, Demetrian amis de la famille, n’y comprenaient rien car je n’avais pas mal et le genou était terriblement enflé et ne cédait à aucun traitements. Le dr. Juvara voulait une opération. Maman s’y opposait (p. 2) ou voulait être internée avec moi à l’hôpital La Battière – donne un remède efficace (des bains de vapeur avec « scuturatura de fîn » – c’était justement l’époque. Après trois bains le genou s’est désenflé. Le dr. Juvara était stupéfait et disait à maman « umblati cu leacuri babesti », maman le laissait dire – ai réappris à marcher.
Avant les grandes vacances Mère Zchi, la supérieure de Sion a dit à Papa de donner une de ses trois filles à Sion – gratuitement – (les études étaient forts chères et très recherchées). Maman décide que la « petite » en profiterait étant donné son genou encore faible. La Providence ! (p.3) C’est moi que Dieu a choisie. Pourtant j’ai beaucoup pleuré – disant que c’était une « prison » et que je j’aimais pas l’uniforme noir. Mais Mère Imelda (j’étais en IIIème primaire) a été d’une bonté sans égale. En décembre 1911 j’ai reçue la Confirmation et un beau chapelet (le premier) de Mère Marie-Charles – sous-directrice parce que j’avais le même nom qu’elle.
Instruction religieuse avec Mère Suzanne, très surnaturelle – notion de péché. Première leçons de cathéchisme ave le Père Exariu et première confession. Le samedi soir (p. 4) je revenais à la maison et y restais jusqu’au lundi matin. Instruisais Marie et Alice à la notion de péché et leur apportais des friandises que je recevais de mes compagnes qui m’aimaient beaucoup : Emilie Lahovari rivale, Sophie Edelstein, très riche – Marie Kessim catholique comme moi, ne me rappelle pas trop du nom des autres. En IVème désir intense de sainteté. Mère Clausia maîtresse de classe.
Quand le cours primaire à été fini, examen – et…. Nouvelle intervention de la Providence – on a instituté pour la première fois à Sion le « cours roumain » donnant droit à l’exament d’état de fin d’année équivalant aux cours lycéaux de la ville (p.5).
Bleu foncé liseré – première de ma classe – Préphète – Préphète honoraire – ne pouvais pas encore être enfant de Marie n’ayant pas quinze ans. Admirais les grandes « tricolores » – grandes assemblées (sous la chapelle) tous les mois. Je prenais des leçons de piano avec sœur Lodois qui me dit un jour (la guerre avait éclaté le 3 août 1914) qu’elle priait en même temps pour son frère et pour mon père.
En novembre1915 mon Père part rejoindre son régiment en France. Maman est désolée elle devient catholique. Marie était près de finir son lycée à Humpel, Alice était compagne de Dudu Popovici que j’aimais beaucoup (p. 6).
3) de 14 à 21 ans
La Roumanie est envahie par les Allemands qui prennent Bucarest et avancent vers la Moldavie. Suis en IVème – Mère Gabriela, inoubliable, est ma maîtresse de classe. Mlle Ianovici est ma professeur de sciences naturelles que j’aimais et admirais à l’égal de Mlle Trantomir – que j’avais en roumain dans le cours primaire – tête toute bouclée et pleine de savoir).
Après la IVème secondaire avons du partir avec peu de bagages – rapatriées avec 105 autres personnes françaises – venues de Bucarest et 60 religieuses françaises. Départ au mois d’août 1917. La révolution russe commençait (p.7). A Kiev on trouve une religieuse (Mère Christophe) morte sur la banquette du train. Emoi, formalités, arrêt du voyage pour 24 heures, visite de Kiev. A Moscou – rencontres sinistres – les régiments de femmes en « uniformes jaunes ». Impressions ineffaçables – Alice a peur.
Arhanghel – arrivée quelques heures après le départ du bateau qui devait nous conduire en France. Il n’a pas attendu ayant un chargement d’armes et de militaires.
Attente de 3 semaines dans un monastère vide. La ville est assez belle. Dans le jardin public un maïs trônait au milieu d’une plate bande. Regrets intenses de tout ce qu’on avait laissé à Iassy – nourriture surtout sardines. Je tombe malade de la jaunisse. Un bateau arrive (l’autre qui devait nous prendre a été coulé au large, dans la mer Blanche). Tout l’équipage a péri englouti par les flots. Notre capitaine est très énergique et le Dr., très sympathique, m’a bien soignée. Nous sommes restés quelques jours en attente, par une tempête effroyable – le capitaine disait : réjouissez-vous, les sous-marins ne peuvent élever leurs périscopes. Tout le monde était malade, exceptée moi que le Dr. a prit comme aide pour soigner les malades. (p.8)
Enfin départ pour le nord de l’Angleterre – Inverdarden. Tout le temps, tempêtes énormes – notre chance. Arrivée à Invergarden. Arrêt à Londres. Traversée de la Manche, arrivée à Paris. Papa est démobilisé et on l’engage à la Mission Roumaine avec un bon salaire. Marie est engagée au Ministère du ravitaillement, nouvellement institué. Alice également. Demeurions rue de Vanves, non loin de la Tante Louise. Je vais à Notre-Dame des Sion, rue Notre-Dame des Champs, mais on ne reçoit les Enfants de Marie qu’à 18 ans ! Visitons Paris – Papa nous conduit à Saint Etienne du Mont (p.9) où nous entendons le Père Les…langes et ses sermons nous enthousiasment tellement que nous décidons de revenir à St. Etienne le dimanche suivant . Les sermons étaient magnifiques. Le Père était transfiguré : « Mes frères, les vrais chrétiens ne doivent avoir nulle crainte. Tout est entre les mains de Dieu ». J’ai gardé de ses sermons un souvenir inéffaçable. Quand le Père a passé à la Madeleine nous l’avons suivi. La nef était comble – une fois o na applaudi.
Puis nous avons habité le quartier Montmartre. Chaque matin dans la belle basilique (qui n’était pas encore terminée). C’est là que j’ai acheté en double exemplaire « La vie d’une âme » de Sainte Thérèse (qui n’était encore que Bienheureuse).
1919, année bénie où la chère sainte a rempli mon âme du sérieux désir d’aimer Dieu par dessus tout. J’ai lu et relu ce livre. Mlle Perrin (que Dieu la bénisse spécialement pour cela) me l’avait recommandé et prêté. (p. 10)
Le 14 juillet il y a eu un beau défilé sous l’Arc de Triomphe – Maréchal Foch en tête sur un beau cheval blanc, puis le roi Albert de Belgique avec sa femme, le roi Georges V d’Angleterre avec sa femme, Wilson, etc. et aussi le roi Ferdinand, le Japonais, puis l’armée. L’enthousiasme était formidable. Sur les toits des Champs-Elysées les Américains sifflaient (c’est leur manière d’applaudir nous explique Papa). Nous étions aux premières loges puisque nous travaillions toutes les trois au Ministère du Ravitaillement (Champs-Elysées).
En automne nous sommes rentrés en Roumanie par Marseille, Naples, la Grèce, Constantinople et Constanta, où une terrible tempête a failli nous être fatale (p.11). La famille Magrin que je connaissais de Sion nous a hébergé. A Iassy je suis entrée en Vème chez les « Orthodoxes » rue Lascar Catargi (à l’époque, là où est actuellement « Scoala de partid »). J’avais la nostalgie de la France. 4 ans d’étude, de travail, de ménage.
4) de 21 à 28 ans
Période de fin d’études lycéeales. Alice avait suivi le français avec M. Serban. Papa était Agent Consulaire et très appréciée par M. Mouille de Galatz. Marie voulait d’abord faire de la philosophie – puis sur les conseils du Dr. Demetrian – la chimie section biologie. La vie était désormais orientée vers les sciences.
Ayant fini mes études scolaires, j’habitais entre la médecine et le français – et me suis décidée pour cette dernière étude pensant que le professeur s’adresse à des gens normaux (p.14) alors que le médecin n’a affaire qu’à des gens malades.
Sainte Thérèse a été mon amie idéale humainement je me sentais très seule. Comme mes études universitaires coïncidaient avec les tragiques évènements du début du Légionnarisme – les 2 premières années l’université a été fermée. En IIème année on nous a permis de passer les examens de Ière mais c’est seulement la IIIème et la IVème année que j’ai faite entièrement. J’avais commencé à donner des leçons Marina et Nellu – Marioara tanasescu et Ionel et tants d’autres. Je faisais beaucoup de ménage, maman était faible et on ne trouvait pas de servante.
J’ai connu Maronsia Celan et j’ai cru avoir une vrai amie sœur de mon âme mais elle ne voulait sans doute qu’apprendre le français. Alice manifeste pour la première fois son tempérament jaloux. Je passe licence et sur les insistances de maman me présente à la « capacité » à Bucarest. Je vais tous les jours à l’église (j’habitais chez les Orthodoxes (étant professeur dans le même institut à Iassy). J’ai connu Mme Perianu, très gentille. En 1925 elle avait organisée une excursion dans l’Ardeal où Marie à Cluj ayant fait la connaissance du professeur Thomas a été engagée comme assistante.
Par un concours de circonstances providentielles – j’avais été deux ans professeur à l’Ecole Commerciale de garçon) – j’ai entendu le Président dire « Mata alegi prima » (p. 15) bien que je fusse la 17ème – 10 de l’année précédente qui étaient restées sans place et 7 avant moi de ma promotion. J’ai choisi Botosani – Corneli B… m’ayant dit qu’il y avais là un excellent prêtre.
5) et 6) de 28 à 42 ans
Période la plus heureuse de ma vie. Activité intense. Entré au Lycée « Carmen Sylva » » comme professeur au cours supérieur par un concours miraculeux de circonstances. Enfants exceptionnellement douées, travail intense et fructueux. Le Père Clofanda admirable me donnait chaque jour la Sainte Communion à 7.20. Le vendredi à 13.0 je partais pour Iassy par un long trajet en chemin de fer via Dorohoi. Je retournais le lundi dans la nuit. Et cela jusqu’en 1944, année du refuge et du triste séjour à Zlatna.
En 1934 j’ai commencé (p.16) un Journal systématique – inutile d’insister ici.
6)de 42 à 49 ans
Période trouble – douloureuse – Zlatna, puis retour à Botosani. Mes parents restent seuls à Zlatna. On me détache au gymnase qu’on vient de fonder. Enseignement pénible – …. Difficile, ressources modiques. Maman est malade et meurt le 26 février 1946 – départ en juin. Quelques années difficiles, activité intense. Je revenais parfois à Iassy voir mon pauvre Papa – vieilli – sans occupation précise, soigné par Marie. Toute la maison est occupée. J’ai connu Ticu Oprescu, Marioara Baltaceanu – espoir d’amitié.
8) de 49 à 56 ans
Mise hors de l’enseignement. Je vais à Bucarest, habite rue Mendeleieff (p.17) et viens rarement à Iassy. En 1952, le Dr. Balataceanu meurt subitement, on harcèle sa veuve – obtiens miraculeusement par le Judas Thadée de rster encore ½ année pour sortir Marioara et l’enfant d’une impasse bien pénible (inflation – manque d’argent – j’ai quelques leçons).
La milice me renvoie à Iassy. J’écris souvent à Marioara mais vais peu les voir. Le 10 mars 1953 papa meurt d’une congestion pulmonaire. Mme Launay fut très dévouée. Je commence à donner beaucoup de leçons – les enfants de Marioara, Anca Untu, Stejarel…
9) de 56 à 63 ans
Leçons ultra-nombreuses – je vais chaque jour à l’église, achète beaucoup de livres, de jouets, de bonbons, pour récompenser les enfants et les amuser. Fêtes – Anca Magureanu. (p.18)
10 et 11) de 63 ans à …
Même activité. Marie mange chez Alice, lui donne le temps qu’elle ne passe pas au laboratoire et tout son argent. Pierre travaille, Alice est professeur à Oltea et donne des cours pour les étudiants. Moi je mange à la cantine. Petrisor se marie. Ils habitent la mansarde, la maison est encore occupée. Puis on construit beaucoup et les maisons se dégagent. La famille Gradinaru part et Petrisor occupe une grande partie de la maison. Je donne des leçons aux deux enfants, leur fait beaucoup de cadeaux. Marie me reproche d’aller tous les jours à l’église. Alice y va avec Lotus et Sânziana tous les dimanches, Marie jamais. Pourtant elle a soigné avec beaucoup de dévouement le Père Romila, mais quand j’ai parlé à celui-ci de Marie il m’a dit : « Am incercat nu e nimic, nimic de facut » (p.19) – l’heure n’était pas encore venue. Le dimanche je vais manger chez Alice – froideur. En été nous allons à SânGiorz, pour Alice. J’ai donné des leçons à Musat et Florin. La vie suit son cours
12) En novembre 1983 je tombe malade – le genou droit me faisait mal depuis longtemps. Un microbe pénètre dans le sang- les pieds supurent – 4 mois d’hôpital. Bouleversement, je ne peux plus aller à l’église. Marie a tout changé. On m’a pris beaucoup de choses. Retour douloureux, Mlle Catherine me rend beaucoup de services mais me tourmente terriblement.
Je reprend quelques leçons. Mmes Lujinschi, … et surtout Mme Dobrovici m’aident beaucoup.
Le Père Despinescu vient (p.20) le mercredi m’apporter la Sainte Communion.
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Mon Dieu, faites de moi ce qu’il vous plaira, ne me laissant que la consolation de vous obéïr. 1er août 1986
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24 mai 1987
A deux reprises, cette année, le Père Despinescu a dit une messe dans la hall.
1) Le 1er février à 16.00
2) Le 10 mai à 16.00

La première fois Marie n’a pas pu venir à cause des trottoirs glissants. La seconde fois elle est venue, en retard comme toujours. (p.21)
La première fois Lotus a été retenue à Tg. Frumos Petrisor seul a été présent tenant la petite Loreley sur les genoux. Elle a été très sage.
La seconde fois Petrisor seul était présent mais cette fois la petite a fait beaucoup de bruit et il a du la conduire dans son bureau. Par contre il y avait une assistance étrangère (Mme Dobrovici, Mme Lefter et son amie, Mutzi, Eva, Mme Catherine et Mathilde.
Mon Dieu « Nul n’est prophète en son pays »

Peut-être après ma mort se rendra t-on compte que Dieu doit être « premier servi » (p.22)

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